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Faites confiance aux jeunes feministes

Faites confiance aux jeunes feministes

Chers amis membres et non membres de la communauté philanthropique,

Si vous êtes arrivés jusqu’ici, nous vous souhaitons la bienvenue. Nous espérons que vous vous plongerez dans les réflexions que nous partageons avec curiosité, souplesse et ouverture pour ré-imaginer et remettre en question ce qui a été normalisé comme étant « la façon » dont fonctionne la philanthropie depuis trop longtemps.

Nous sommes deux amies féministes qui comprenons et croyons dans le pouvoir de l’organisation des jeunes féministes, en particulier dans les contextes critiques auxquels nous faisons face actuellement. Nous cherchons sans relâche à apprendre comment le secteur de la philanthropie peut devenir un partenaire plus confiant des mouvements de jeunes féministes.

Bien que nous n’ayons commencé à travailler ensemble que très récemment suite à notre échange au Pro-Action Cafe, nous avons l’impression de nous connaître depuis toujours. Nous discutons de toutes sortes de choses en partageant des moments de rires sincères qui témoignent de l’importance de la joie féministe. Peut-être notre réflexion constante sur le concept de confiance nous a-t-elle permis de l’incarner alors que nous accédons à un espace où l’authenticité de notre personne et les conversations franches peuvent s’épanouir, et que nous préservons cet espace.

Si nos parcours personnels sont différents, nous avons de nombreux points communs, notamment notre expérience d’activistes et de défenseures des droits, notre travail avec les filles et les jeunes féministes au niveau international, ainsi que notre récent virage professionnel vers la philanthropie. Notre expérience « de l’autre côté » du financement (collecte de fonds, mise en œuvre de programmes et direction d’organisations à but non lucratif) nous a fait vivre les contraintes liées à l’obligation de se plier aux exigences des bailleurs de fonds. Ces expériences collectives ont, à de nombreux égards, éclairé nos questions sur la confiance. Nous sommes sans cesse surprises par l’abondance des ressources qui existent dans le domaine de la philanthropie, mais aussi par combien il est pourtant difficile d’accéder à ces ressources et par le peu qui parvient réellement aux mouvements, en particulier aux groupes de jeunes féministes qui reçoivent moins de 1 % des fonds.

À travers cette publication, notre objectif est de vous inviter et de vous encourager à vous joindre à nous pour réinventer et transformer le secteur de la philanthropie afin qu’il accorde une réelle confiance à la vision et au pouvoir des jeunes féministes. Si nous n’apprenons pas à faire davantage confiance, alors leurs solutions, les mouvements et, au bout du compte, notre libération collective sont menacés. Les jeunes féministes dirigent le changement systémique par des approches radicales, créatives et intersectionnelles tout en honorant les savoirs ancestraux et en donnant la priorité aux personnes et à la planète. Elles méritent notre confiance.

Apprentissages du ProAction Cafe

Quand nous pensons à la façon dont la philanthropie a évolué ainsi qu’à ce que nous avons entendu et partagé avec les jeunes activistes pendant le Pro-action Cafe (un espace communautaire pour des conversations ouvertes sur la façon de fournir des ressources aux filles et aux jeunes féministes en situation de crise), notre conclusion est claire : nous devons changer la façon dont nous communiquons de manière significative entre nous si nous voulons construire et préserver une confiance mutuelle.

Nous nous félicitons des façons dont nous avons commencé à remettre en question les structures qui nous entourent et qui nous ont permis de réaliser « l’impossible » au cœur d’une pandémie catastrophique et aggravée par de multiples crises. Nous avons privilégié la confiance et l’agilité, accueilli la flexibilité et réduit certains éléments qui étaient considérés comme indispensable (notamment les procédures fastidieuses de demande et de rapport). En imaginant notre nouveau monde, nous avons prouvé que nous pouvions améliorer les choses. Et si cela devenait la norme ?

Tandis que nous ressentons toutes quelques tensions et malaises, nous reconnaissons que nous pourrions faire certaines choses différemment.

Les Opportunités Actuelles

Focalisation sur les activistes - Comme le dit le proverbe, qui se ressemble s’assemble. Au fur et à mesure de nos expériences respectives, nous nous sommes rendu compte que ce dicton pouvait, à bien des égards, enfermer les personnes dans des cases assez exclusives et solitaires. Dans notre parcours en tant qu’activistes et défenseures dans le domaine de la philanthropie, nous apprenons qu’il est de notre responsabilité de nous dépasser, d’éliminer ces cases, d’envisager d’autres formes de mouvement afin d’élargir notre horizon et le cercle de personnes que nous pouvons inclure dans notre travail. Par exemple, nous pouvons créer des conseils d’administration dirigés par des activistes et élaborer des pratiques de financement participatives. Nous savons que dès lors que nous acceptons nos différences tout en reconnaissant notre interdépendance en tant que financeurs et partenaires bénéficiaires, nous entretenons la confiance de manière organique au sein de notre écosystème.

Audace - Nos deux cultures sont riches de folklore qui enseigne l’importance du courage et de l’audace en dépit du danger imminent de s’exprimer. En tant qu’activistes, défenseures et chargées de la mise en œuvre de programmes, il était effrayant pour nous de faire preuve d’audace et de dire exactement ce dont nous avions besoin. Nous voulons nommer cette peur qui est partagée par toute la communauté. Pendant trop longtemps, l’espace philanthropique a bénéficié d’un pouvoir qui n’était quasiment limité par aucun contrôle. Et si nous reconnaissions le pouvoir que détiennent les partenaires bénéficiaires et les activistes, et que nous laissions suffisamment d’espace pour que s’exprime la magie de leur pouvoir au-delà des cadres habituels (qui n’ont de toute évidence pas fonctionné) ? Et si nous acceptions la critique avec enthousiasme et que nous travaillions avec la même agilité que les activistes au quotidien ?

Nous rêvons d’avoir davantage d’espaces où les activistes et les bailleurs de fonds se réunissent pour engager des conversations audacieuses et politiquement incorrectes avec l’intention de s’attaquer aux problématiques liées aux différences de pouvoir qui existent entre nous. Les financeurs peuvent commencer à faire preuve d’audace en s’assurant que les espaces de prise de décision, comme les conseils d’administration dirigés par des activistes, représentent les communautés ayant des expériences vécues, car elles détiennent les solutions à leurs propres défis.

Financement intentionnelComme l’a souligné Dani Priscariu, les jeunes activistes féministes sont les expertes de leur environnement et de leur contexte. « Si nous voulons vraiment soutenir leur travail courageux et résilient, nous devons le faire de manière à répondre à l’urgence de ce à quoi elles sont confrontées (comme l’oppression systémique, la montée des persécutions en raison de leur identité et de leur travail, la pandémie et les crises qui éclatent). Le fait est que si nous aspirons vraiment à un monde juste et épanoui, nous devons investir dans les personnes qui reflètent les valeurs du monde dont nous rêvons. Et nous voulons le faire en voulant qu’elles gagnent. Les financements flexibles et pluriannuels, ainsi que la suppression des pratiques inefficaces (comme les procédures de demande et de rapport qui demandent des informations inutiles), constituent un excellent début. »

Les Explorations Plus en Profondeur

Le renforcement de la confiance comme acte de soin collectif - Nous avons conscience du manque flagrant d’investissement dans l’organisation des jeunes féministes et dans les efforts de soin collectif. Imaginez si davantage de bailleurs de fonds donnaient la priorité à ce type d’initiatives des jeunes féministes et valorisaient la guérison ! En finançant ouvertement et sans restriction le soin collectif dirigé par des jeunes féministes, nous honorons leur sagesse et leurs rêves. Nous soutenons la réflexion, l’innovation et l’expérimentation et, en fin de compte, nous nous faisons confiance les uns les autres pour rêver en grand. Imaginez les possibilités qui pourraient exister si un plus grand nombre de financeurs, et le secteur de la philanthropie en général, considéraient le renforcement de la confiance comme un acte de soin collectif !

La mise à profit du privilège inhérent à la philanthropie en acceptant la prise de risque - Malheureusement, il aura fallu une pandémie et de multiples crises persistantes pour que le secteur philanthropique soit disposé à prendre plus de risques. Et même ainsi, il nous reste beaucoup à faire pour transformer le secteur et pour véritablement écouter et répondre aux besoins des mouvements, en particulier pendant les crises. Certains bailleurs de fonds ont mis en place des mécanismes de financement d’urgence plus permanents et se sont engagés dans des efforts d’aide mutuelle. D’autres ont réduit leurs exigences en matière de soumission des demandes et des rapports afin d’offrir une plus grande flexibilité. Citons également l’exemple du Fonds mondial pour la Résilience, qui est sorti des schémas classiques pour trouver de nouveaux moyens de faire parvenir des ressources flexibles aux filles et aux jeunes activistes répondant à la pandémie. Cliquez ici pour en savoir plus sur les enseignements du Fonds.

Comment pouvons-nous intégrer les apprentissages de la pandémie dans des stratégies à plus long terme qui permettent à la prise de risque et à la confiance de faire partie intégrante de la philanthropie et des pratiques de fourniture de ressources pour l’activisme et l’organisation des jeunes féministes ? Quand sommes-nous disposés à prendre des risques et quand n’est-ce pas le cas, et comment le risque interagit-il avec la confiance ?

La normalisation des erreurs - Dans notre communauté ProAction Cafe, les jeunes activistes féministes ont expliqué que les groupes craignent de partager leurs difficultés et leurs erreurs avec les bailleurs de fonds, parce que cela pourrait entraîner la diminution ou l’arrêt des financements. En évitant les discussions sur leurs défis et leurs erreurs, nous desservons les mouvements de jeunes féministes et leurs solutions. Dans un esprit de confiance et de transparence, nous devrions communiquer au sujet de nos propres erreurs et difficultés en tant que financeurs (en éliminant les attentes irréelles de perfection), et fournir un soutien et un accompagnement aux groupes qui partagent les leurs.

À quoi ressembleraient la normalisation des erreurs et la prise de responsabilité de la part des financeurs, partenaires, activistes, défenseurs et organisateurs ? Comment pouvons-nous accepter les demandes d’aide et le partage des difficultés sans répercussion ni jugement ?

Recommandations des activistes

Si nous invitons nos pairs à approfondir ces questions à nos côtés, nous souhaitons également dépasser le stade de la conversation pour passer à des actions concrètes, ce qui était l’objectif du ProAction Cafe. Pendant le temps que nous avons passé en communauté, de jeunes activistes féministes ont précisé ce qu’elles veulent et ce dont elles ont besoin en matière de confiance, notamment :

  • Un site web spécifiquement féministe inspiré de GuideStar - une plateforme en ligne sur laquelle les partenaires bénéficiaires peuvent mettre en avant leur travail, et où les bailleurs de fonds peuvent facilement trouver des groupes à soutenir en fonction des problématiques de travail et du pays dans lequel ils sont actifs.

  • Un livret juridique des exigences minimales - une ressource de connaissances partagées qui détaille ce que les financeurs peuvent ou ne peuvent pas demander à un partenaire bénéficiaire potentiel afin de réduire le fardeau des procédures de demande et de rapport pour les jeunes bénéficiaires féministes.

  • Une plateforme de recommandation des partenaires bénéficiaires - un mécanisme par lequel les partenaires bénéficiaires peuvent recommander le financement d’autres groupes, et par lequel les bailleurs de fonds font confiance à l’expérience et à la vision des partenaires bénéficiaires.

  • Un leadership et une représentation des jeunes féministes - pour aller au-delà de l’inclusion, il faut veiller à ce que les jeunes féministes bénéficient d’une représentation significative et de rôles décisionnels dans les conseils d’administration, les groupes consultatifs, les comités, les collaboratifs de financeurs, etc.

Nous devons participer à des conversations plus franches avec les jeunes activistes féministes et leurs mouvements afin d’écouter, d’apprendre et de mieux comprendre leurs expériences en matière de confiance ou de manque de confiance, et de créer ensemble des stratégies qui nous aideront à devenir un écosystème plus confiant. Nous reconnaissons également qu’il n’y a pas d’équation parfaite pour la confiance : c’est un cheminement continu dans lequel nous devons nous engager, et nous n’en sommes encore qu’aux prémices.

Nous faisons toujours face à une pandémie, au changement climatique et à des crises qui ne cessent d’éclater, dans lesquelles les jeunes militantes féministes sont positionnées en première ligne pour réagir et diriger un travail transformateur avec moins de 1 % du financement mondial. Comment pouvons-nous faire preuve de la même bravoure pour construire ensemble le monde auquel nous aspirons ?

Nous voulons aller au-delà du rêve de ce à quoi le monde ressemblerait si nous faisions confiance au pouvoir et à la vision des jeunes féministes pour commencer à le concrétiser aujourd’hui. En faisant confiance aux jeunes féministes, nous faisons confiance aux mouvements et à notre avenir collectif. Vous joindrez-vous à nous ?

Avec solidarité,

Purity & Juliana

Qui sommes-nous ?

Purity Kagwiria est une activiste féministe et narratrice basée à Nairobi (Kenya). Elle est directrice du fonds et collectif With and For Girls. Purity se passionne pour la liberté des filles et pour le travail qui permet aux filles et aux jeunes femmes d’accéder à des espaces leur offrant la possibilité de progresser, elles-mêmes et leurs communautés.

Juliana Vélez Uribe est une défenseure de la cause féministe et travaille actuellement en tant que chargée de programmes au niveau international chez Foundation for a Just Society. Elle trouve activement des moyens de modifier les dynamiques de pouvoir, de construire des relations et de créer des espaces et des opportunités pour des solutions féministes. Elle aime courir dans la montagne, explorer de nouveaux endroits et rêver d’un avenir féministe.

Remerciements

Cette publication a été illustrée par Kruthika NS, avocate et artiste engagée pour la justice sociale @theworkplaceDoodler, et inspirée par la sagesse des activistes et des bailleurs de fonds qui ont participé et partagé avec franchise leurs idées brillantes à l’occasion du Pro-Action Cafe.

Ressources (en anglais)

Nous croyons au pouvoir de la sagesse collective. Si vous avez des suggestions de ressources à ajouter à cette liste, veuillez envoyer un e-mail à l’adresse laura@wearepurposeful.org.

Cet article a été publié pour la première fois par le Fonds mondial pour la Résilience le 21 février 2022.